Neurodiversité

TSA au féminin adulte : quand le diagnostic arrive (enfin)

Vous vous êtes toujours sentie différente, sans pouvoir l'expliquer. Et si c'était le TSA ? Comprendre l'autisme au féminin à l'âge adulte.

Fanny Clerc6 min de lecture

Illustration de l'article : un chat déguisé sous un arc-en-ciel, couverture « TSA au féminin »

Vous avez passé des années à vous adapter, à imiter, à vous demander ce qui n’allait pas chez vous. Jusqu’à ce qu’un jour quelqu’un vous a parlé du TSA en évoquant votre façon de fonctionner, peut être à 30 ans, à 40, à 50.

Pourquoi les femmes autistes sont souvent diagnostiquées si tard

Les chiffres montrent un ratio de quatre hommes diagnostiqués pour une femme. Ce chiffre cache une réalité plus complexe : les outils diagnostiques ont été conçus à partir de l’observations du TSA chez les garçons. Les critères du DSM-5 reflètent un profil majoritairement masculin dont des intérêts très spécifiques visibles, des difficultés de communication immédiatement perceptibles, des comportements répétitifs manifestes.

Chez les filles et les femmes, le tableau est différent. Les difficultés sont présentes mais elles prennent d’autres formes. Une étude de Loomes et collaborateurs (2017) a montré qu’en élargissant les critères diagnostiques, le ratio réel se rapproche de trois hommes pour une femme. Certaines recherches récentes suggèrent même une parité à l’âge adulte lorsque les personnes non diagnostiquées dans l’enfance sont intégrées.

Divers études montre que les femmes autistes développent très tôt des stratégies de camouflage ou de masking. Elles observent les codes sociaux, les imitent, apprennent à reproduire les comportements attendus. Au premier regard, elles semblent très bien être adaptée à leur environnement mais ce qui ne se voit pas, c’est l’énergie que ça leur coûte. Elles s’épuisent en adoptant des façons de faire, de penser qui ne sont pas les leurs et souvent elles n’en ont pas conscience.

Le masking a un coût

Le masking n’est donc pas une stratégie consciente. C’est une adaptation qui commence souvent très tôt et qui devient automatique. Observer comment les autres bougent, parlent, réagissent. Ajuster chaque comportement. Filtrer chaque mot avant de le dire. Gérer la saturation sensorielle sans le montrer.

Ce travail invisible est épuisant. Il est épuisant neurologiquement. Le cerveau mobilise en permanence des ressources pour simuler un fonctionnement qu’il n’a pas naturellement. Ce coût se traduit en fatigue chronique, anxiété, troubles du sommeil, dépression récurrente, burn-out, autant de signes qui précèdent souvent le diagnostic. Beaucoup de femmes ont subi une errance médicale de diagnostics erronés, culpabilisants et coûteux.

Les signes du TSA féminin — souvent invisibles

Le profil autistique féminin ne ressemble pas à la représentation classique de l’autisme. Il est moins visible, plus intériorisé. Les manifestations qui reviennent fréquemment se traduisent par :

Un sentiment persistant d’être en décalage et/ou inadéquate, sans pouvoir l’expliquer. Un peu comme si les règles implicites des échanges humains étaient dans une langue étrangère qu’on a apprise sans jamais vraiment la maîtriser.

Une hypersensibilité sensorielle souvent non identifiée comme telle : intolérance aux bruits de fond, aux lumières crues, aux textiles, aux odeurs. Décrite comme ‘susceptibilité’ ou ‘caprice’ par l’entourage.

Des intérêts intenses et spécifiques qui prennent chez les femmes des formes socialement acceptables (littérature, psychologie, animaux, musique) et passent donc inaperçus.

Une fatigue sociale intense après les interactions, même agréables. Le besoin de longues périodes de récupération en solitaire.

Des difficultés à comprendre les sous-entendus, l’ironie fine, les attentes non formulées dans les relations proches.

Une insatisfaction chronique dans les relations sociales, mêlés d’un profond sentiment de solitude et de non réciprocité dans la relation.

Ces manifestations se combinent souvent avec des troubles anxieux, des troubles alimentaires, une dépression diagnostiqués en premier et masquant le tableau autistique sous-jacent. La partie visible de l’iceberg est traitée, sans voir ce qui est au dessous.

Pourquoi le diagnostic même tardif est précieux

Beaucoup de femmes décrivent le diagnostic tardif comme un soulagement, souvent suivi de phases plus complexes et compliquées, mêlées de colère, de deuil, de confusion. Bien qu’une explication est enfin donnée au sentiment de décalage, vécu souvent pendant des décennies. Le soulagement laisse fréquemment la place à la colère parce qu’on ne l’a pas vu plus tôt. Puis, vient la phase du Deuil d’une image de soi construite sur une compensation permanente. Et pour finir, la confusion de ne plus bien savoir ou reconnaître qui on est vraiment.

Ce que le diagnostic change concrètement : il ouvre la voie à une compréhension de son propre fonctionnement qui n’est plus teintée de honte ou de sentiment d’échec. ‘Je ne suis pas défaillante. Je fonctionne différemment.’ C’est un réalignement de profondeur et un changement de perspective qui peut prendre du temps, mais qui change tout.

Il permet aussi d’accéder à des ressources, des adaptations, des espaces de soin qui correspondent vraiment au profil — et non à une normalisation qui épuise.

Qu’est-ce qu’on fait après le diagnostic ?

Le diagnostic est un point de départ. Il permet d’être curieux de son propre fonctionnement et de se poser des questions : Qu’est-ce que c’est le fonctionnement TSA ? Comment vivre avec ce fonctionnement ? Comment puis-je m’ajuster et ajuster mon environnement, mes relations, mon travail ? Comment distinguer ce qui est différent dans mon fonctionnement et ce qui est similaire avec les personnes qui ne sont pas sur le spectre?

Un accompagnement thérapeutique adapté peut aider à traverser cette période de réorganisation. Adapté signifie ici : pas un thérapeute qui cherche à corriger ou normaliser, mais quelqu’un qui comprend le fonctionnement autistique de l’intérieur, qui sait travailler avec la sensibilité sensorielle, la fatigue du masking, les besoins de prévisibilité et de clarté.

Le travail n’est pas de devenir neurotypique. Le travail est de trouver comment vivre pleinement avec le fonctionnement que l’on a, en arrêtant de dépenser de l’énergie à se cacher et en déployant plus d’énergie à exister pleinement.

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise

Que ce sentiment de décalage n’était pas une faiblesse de caractère ou de l’inadéquation. Que l’épuisement était réel, neurologique et non psychologique. Que s’adapter si longtemps et si bien à un monde pas fait pour soi demande une forme de courage qu’on ne reconnaît presque jamais.

Et que comprendre son propre fonctionnement même avec des années d’errance derrière soi est toujours possible. Et surtout indispensable pour vivre une vie épanouie.

Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire — que vous soyez diagnostiquée depuis peu, en questionnement, ou que le mot TSA résonne sans que vous ayez encore de réponse officielle — je suis là pour en parler. La première séance est une rencontre, pas un engagement.

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SOURCES

Loomes R., Hull L., Mandy W.P.L. (2017). What Is the Male-to-Female Ratio in Autism Spectrum Disorder? A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry.

Baron-Cohen S., Lai M.C. et al. (2015). Cambridge Autism Research. Sous-diagnostic des femmes autistes et phénomène de camouflage.

Fondation FondaMental — Autisme au féminin : quelles particularités cliniques ? (fondation-fondamental.org)

IMIND Centre — TSA et genre : pourquoi les femmes autistes sont-elles sous-diagnostiquées ? (centre-imind.fr)

Pry R., Pernon E. (2022). Autisme, Le passage à l’âge adulte. Éditions Tom Pousse — cité dans blog Hop’Toys.

Comprendrelautisme.com — Les femmes autistes : sous-diagnostic, phénotype féminin, camouflage social.

CHUV, Centre cantonal autisme, Lausanne — Données cantonales TSA.

Fanny Clerc

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